La journée type. C'est quoi? Tellement besoin d'expliquer à Maman ou beau Papa, à petite soeur ou petit frère, à meilleure amie ou bon pote ce que j'ai. Une souffrance qui me fait mal mais une envie de guerrir parfois, une vie normale où penser à la nourriture ne m'occuperais pas plus de 2 ou 3h dans la journée.
Parler est dure pour moi mais comprendre est pour eux encore plus dure- je crois- Je laisse passer tellement de signes en ce moment que je me dit qu'il font semblant de ne pas voir comme moi je fais semblant d'aller bien.
Je me dis depuis longtemps que la meilleure chose serait une lettre, une lettre que j'ai écrite il y a dejà quelques temps, une lettre qui pourrait aller à n'importe quel destinataire, une lettre que je ne donnerais surement jamais car être seule devient de plus en plus necessaire.
Cette lettre je l'adresserais à Maman car je crois que c'est la seule qui voudra ou pourra jamais me comprendre. La voici
Maman

Ces quelques lignes pour te parler de moi. si tu te sens pas ne lis pas.
Octobre 2003, entrain de chercher encore et encore sur internet, un moyen de perdre du poids assez rapidement, tu me connais, je suis par pur hasard arrivée sur un site. Puis j'ai commencé à lire tous les articles correspondants à la boulimie et je me suis retrouvée dedans et complètement.
Continue s'il te plait
Depuis toujours j'ai un complexe avec mon poids, ou du moins depuis l'adolescence. je pense que tu le sais. je veux pas non plus te jetter la pierre, je pense que tu serais moins au régime constamment, peut être que j'aurais pas été frustré par mon poids. Sache que je te reproche rien, c'est juste moi qui suis trop sensible, trop fragile.
Peut-être qu'à ces mots tu te dis: elle a craqué dans son régime, elle a pris quoi une tartine de nutella et ça y est elle sort le grand jeu, mais non Maman c'est pas ça. Continue encore
Voilà, je me suis jamais acceptée physiquement : trop de bide à mon goût. Même si pour les autres je parais mince voire bien foutu, laisse moi rire !!! Je te reconnais même dans ses paroles. Mais bon ce qui compte avant tout c'est de se sentir bien dans son corps et non pas l'apparence que les autres en ont. n'est-ce-pas. Je dis ça mais je sais même pas si c'est réellement ce que je pense.
Pour tout te dire, le problème c'est qu'ils me voient couverte, ils voient pas comment je suis en maillot, ils voient pas mon gros bide, ne me contredis pas s'il te plait, c'est vraiment immonde. D'ailleurs maintenant je veux plus aller à la plage ou à la piscine ; à moins d'être couverte et de ne pas me baigner. Je varie maintenant entre 48 et 58kg. Juste un truc comment personne ne peut s'en rendre compte- 10kg ca se voit, non?
Octobre 2003, je reprends c'est la découverte. Je me rends compte que je suis devenue boulimique. Je crois (au début je suis même pas sûre). C'est arrivé à la suite d'une rupture peut être, ou d'une reflexion, ou de l'éloignement de mon père, traumatisme de mon enfance qui en avait pas l'air, ou le fait d'habiter seule... je sais pas. Le seul remède a été pour moi de me jeter sur la nourriture. Comme tu peux le penser je ne me suis pas aperçue immédiatement que mon comportement était excessif et maladif, je pensais comme toi à des craquages de régime.
Sans rentrer totalement dans les détails j'ai commencé par me jeter sur le nutella et j'ai arrêté à un moment où j'étais plus qu'écoeuré! C'est le début. Je me suis dit intérieurement que voilà, rien qu'avec ce gros pot je venais de reprendre tous mes kilos. Cela ne m'a pas freiné et le lendemain j'ai continué...
Mes crises sont actuellement de plus en plus fréquentes mais pas régulières. Je peux arrêter quelques jours, et je reprends alors un régime très restrictif :
- petit déjeuner : thé + jus d'orange
- déjeuner : jambon de dinde + concombre
- goûter : pomme
- dîner : oeufs + poivrons
Je suis à moins de 600 calories par jour. Le problème c'est que plusieurs fois dans la semaine, je fais des crises. J'ai une soudaine envie (c'est pas vraiment une envie mais je sais pas comment dire) de manger du chocolat, des trucs hyper caloriques, alors je pars au supermarché et c'est parti je sors acheter du chocolat, des twix, des lions, des nuts et je rentre chez moi (pas avant car j'ai trop honte) pour engloutir tout ça. Je savoure rien, j'avale tous assez vite et quand y'en a plus alors c'est la fin. Après je me sens très mal, je culpabilise énormément je me dis alors que ce soir je bouffe pas. Le lendemain je reprends mon régime restrictifs puis 2 jours après voir le surlendemain je refais une crise ; c'est un vrai cercle vicieux.
Cela devient de plus en plus fréquent je mange sans faim, et que des aliments ultra caloriques. Le truc c'est que quand j'achète tous ça je suis obligée de tout finir, je peux rien garder je mange tout! mais sinon chez moi, dans les placards il n'y a rien qui fasse en soi grossir.
C'est affreux pour moi, je me sens très mal; je peux pas me regarder dans une glace, c'est même dur quand je prend ma douche ou quand je m'habille parfois, il faut absolument que je sois loin d'un miroir. J'arrive même plus à monter sur la balance, j'ai trop peur du poids qu'elle va afficher ; je veux pas savoir combien je pèse parfois ou au contraire je vais me peser en période de non crise.
J'ose pas en parler. J'ai tellement peur de ta réaction, peur que quand j'aille bouffer chez vous, les regards soient différent à table ; qu'il y ait un sentiment de gêne, de malaise dès qu'un sujet tourne autour de la bouffe. et mes amis, c'est là même je peux pas, ils oseront plus après me proposer d'aller chez eux pour dîner ou se voir pour boire un verre.
Un psy ou un nutritionniste j'ose même pas.
Je sais pas trop quoi faire, ma dernière crise date d'hier après midi mais aujourd'hui ça va pour l'instant.
j'espere juste que tu penseras pas ohh elle fait une crise d'ado avec des années de retards
Je t'embrasse fort. Ta fille chérie.
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Cette lettre je ne la donnerais surement jamais. Cette lettre n'est pas totalement sincere et c'est volontaire. Cette lettre serait la fin de tout, la decouverte d'une personne qu'elle ne connait pas. Cette lettre maman ne la comprendrait. Cette lettre personne ne l'aura.